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Dumas, l’écriture au galop
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Thème
Alexandre Dumas s’éveille après une soirée de fête et de beuverie, et c’est un homme heureux : heureux de travailler, de s’adonner à la débauche, de boire et de manger, heureux de se souvenir de son grand-père, de son père et de sa mère, de se chamailler gentiment avec sa cuisinière, de converser avec ses fantômes et pas vraiment diminué par la pression de ses créanciers.
Généreux, curieux et gourmand, amoureux de l’Histoire, bourré d’imagination, sûr de son talent, il livre la « recette » de composition d’un chef d’oeuvre, sa crainte des manuscrits envoyés par des importuns, et jusqu’à la formule de l’omelette aux fraises parfaite. • S’offusquant qu’à peine d’être confondu avec son fils, il évoque avec tendresse ses amis qui, même disparus, continuent de vivre en lui.
Points forts
Dans un décor composé de toiles entre lesquelles circulent les personnages-fantômes engendrés par l’esprit de Dumas comme à travers des pages de livres ouvertes, Hervé Briaux évolue avec une élégance et une conviction rieuse qui sied aux mots de l’écrivain. Familier des grands textes de la littérature française, le comédien possède un impeccable phrasé et un sens du rythme certain… En évitant de singer le monstre littéraire et jouisseur que fut Dumas, il en livre une bien jolie incarnation.
L’adaptation des extraits choisis est très réussie - on ne sent qu’à peine les coutures - échappant aux évocations les plus attendues, pour faire découvrir un Dumas plus secret, parfois plus anecdotique aussi, mais drôle et toujours puissamment convaincant.
Quelques réserves
- Les chansons certes tissent le lien entre le 18ème et la fin du 19ème siècles (d’un extrait de Richard Cœur de Lion de Michel-Jean Sedaine et André-Ernest-Modeste Grétry à un autre de Belle lurette d’Offenbach en passant par Casimir Delavigne et Gioachino Rossini (le fameux duo des chats). Mais on peut les recevoir aussi comme autant d’interruptions plus ou moins réussies, brisant la fluidité du spectacle sans lui apporter plus de grâce.
Encore un mot...
Exact contemporain d’Hugo qu’il aima sincèrement, et comme lui romantique au verbe dense et profus et dont l’imagination semble sans limite, Dumas se prête admirablement à la “mise en théâtre“, y compris lorsqu’il ne s’agit pas de jouer son répertoire. Son goût de la formule, la luxuriance d’une langue qui pourtant sait rester simple et accessible, son sens de l’humour et de la dérision, tout conspire à faire de l’écrivain un véritable sujet dramaturgique.
Ce spectacle joyeux et pédagogique est tout à fait indiqué pour les scolaires, et leur permettrait de (re)découvrir avec bonheur la beauté d’une langue si vivante.
Une phrase
A propos des “Trois Glorieuses“ de la fin juillet 1830, qui renversèrent Charles X : « Ma révolution n’a duré que trois jours. J’ai eu le bonheur d’y prendre part. Derrière les barricades, j’ai répondu présent ! J’ai fait le coup de feu contre les troupes royales ! J’ai conquis avec la masse du peuple le musée de l’armée ! Oh ! Que c’était beau ! Pour qu’ils ne se perdent pas, je me suis coiffé du casque de François Ier, j’ai saisi son épée et son bouclier. J’ai encore pris l’arquebuse de Charles IX. J’ai encore eu le temps de prendre la cuirasse du vainqueur de Marignan, et j’ai traversé Paris pour rentrer chez moi. Moitié en armure renaissance, moitié en habit 1830. "
« Bon jour, mauvais jour, j'écris quelque chose comme 24 000 lettres dans les vingt-quatre heures. »•
L'auteur
On sait que le père d’Alexandre était le fils d’une esclave affranchie, qu’il fut fait général des troupes républicaines par Bonaparte et qu’il mourut quatre ans après la naissance de son enfant à Villers-Cotterêt. Cette ville, célèbre pour son édit, abrite aujourd’hui la Cité internationale de la langue française, et même si cette création est sans rapport avec l’écrivain, cela sonne un peu comme un hommage rendu à un immense littérateur.
Cette enfance d’orphelin fut difficile, mais n’empêcha pas Alexandre de connaitre dès 1829 et très peu de temps après son arrivée à Paris, son premier succès à la Comédie française, avec Henri III et sa cour.
Homme-orchestre à la prodigieuse vitalité, Alexandre Dumas fait tout et sait tout faire :
le roman-feuilleton, en collaboration avec Auguste Maquet (Les Trois Mousquetaires et Le Comte de Monte Cristo rien qu’en 1844 ! La Reine Margot l’année suivante, Le Collier de la reine en 1850) ;
le journalisme quotidien et mensuel (Le Mousquetaire, Le Monte-Cristo, Le Mois en 1848 pour accompagner la Seconde république naissante) ;
la direction de théâtre (au Théâtre-historique) ;
l’action politique, puisqu’après avoir joué un rôle actif lors des Trois Glorieuses de 1830 (voir extrait ci-dessus) et été candidat malheureux aux législatives de 1848, il rejoint Garibaldi à Palerme en 1860 ;
les voyages, les conférences, la rédaction d’un Dictionnaire de cuisine, sans oublier les dettes, les banqueroutes et l’exil, dévorant une vie qu’il sait si bien insuffler à ses personnages.
Alexandre Dumas (se) repose au Panthéon depuis 2002.
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