Le roman de Mécène

L’histoire romancée d’un illustre inconnu. Un roman original et instructif
De
Pascale Roze
Stock
Parution le 15 janvier 2025
486 pages
23,90 €
Notre recommandation
3/5

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Si chacun sait ce qu’est un mécène ou connaît le sens général du mécénat, il est moins courant de pouvoir dire avec précision qui était l’homme dont le nom de famille a donné naissance à ces deux noms communs. Caius Cilnius Mæcenas a pourtant été un personnage important et singulier du premier siècle avant Jésus-Christ, ayant été le protecteur des poètes Horace et Virgile, tout en côtoyant, dans sa jeunesse, Octave, futur empereur Auguste, dont il deviendra ministre.

Cet homme au goût prononcé pour les arts, les bijoux et les vêtements depuis son enfance, a toujours œuvré à la gloire des autres, ce qui a fondé son existence. Mais il n’a pas obtenu, à certains égards, la gratitude qu’il méritait pour sa générosité. C’est du moins le portrait qu’en brosse Pascale Roze dans ce roman foisonnant, très documenté, qui tente de recréer, par l’imagination, les périodes inconnues de la vie de cet homme singulier dont la vie a été bien vite oubliée. 

Points forts

  • La principale force du texte est la curiosité qu’il parvient à attiser dès ses premières pages. Il est ici question de redécouvrir un illustre inconnu, et de saisir l’utilité de son oubli de soi au profit d’une cause plus noble et plus grande. Personnage marquant de l’histoire qui n’a jamais vraiment brillé pour lui-même, Mæcenas reste dans l’ombre pour mettre les artistes en lumière. Sa bonté, d’une certaine façon, le perd. Ses protégés se moquent de lui, même si c’est avec tendresse. Sa femme, dont il est éperdument amoureux, lui est infidèle. Sa générosité, au fond, est perçue comme une bizarrerie, voire comme de la faiblesse. En ce sens, Maecenas nous fait penser à certains bénévoles ou mécènes d’aujourd'hui dont la démarche n’est parfois pas comprise, tout simplement parce que leur passion, celle qui fonde leurs actes, est inaccessible aux autres, et qu’elle inspire la méfiance ou la moquerie. Mais une telle générosité, qui ne recherche pas la gloire personnelle, n’en demeure pas moins précieuse, voire indispensable à la société. 
  • La passion de Pascale Roze pour l’Histoire antique devient franchement communicative dans plusieurs passages d’une réflexion menée sur le sens du travail de ceux qui cherchent à comprendre, par l’imagination, des moments perdus du passé. On ne peut qu’être embarqué par l’enthousiasme de l’auteur, qui définit ainsi son entreprise littéraire : “Le roman se veut aussi le témoin de ma quête, de l’effervescence joyeuse qu’elle a provoquée en moi et de mon désir profond de faire connaître et aimer l’histoire romaine”. Les observations et citations d’historiens, ainsi que les pages plus intimes sur le rapport de l’écrivain à son personnage et à l’écriture de son livre, sont en cela une réussite indéniable.

Quelques réserves

On pourra peut-être regretter quelques longueurs dans cet exercice d’écriture très documenté, qui se fige parfois dans la quantité d’informations et de détails qu’il donne. L’auteur semble percevoir elle-même ce risque de se “noyer dans les sources”. Sans aller jusqu’à cette extrémité, d’aucuns pourront trouver que l’intrigue, ainsi chargée, manque un peu de rythme, de temps à autre. 

Encore un mot...

Un roman original et instructif qui mène une réflexion intéressante sur l’Histoire et le sens que l’on donne à la générosité. 

Une phrase

“On n’ignore pas qu’une poubelle doit son nom à Poubelle et le hachis Parmentier à Parmentier mais rares sont ceux qui savent que les mécènes doivent le leur à quelqu’un. Si je demande qui il était, je vois le visage de mon interlocuteur se chiffonner et j’obtiens au mieux : ah oui, Virgile ! Oui, Virgile. Nous sommes au bon siècle, au bon endroit, à Rome, au Ier siècle avant J.-C. De son nom complet : Caius Cilnius Mæcenas. J’entreprends de le sortir de l’ombre. Il était chevalier, poète, dandy, anxieux et ami de l’empereur Auguste. Du poète, il ne reste que des miettes. De ses plus fameux protégés, Virgile, Horace et Properce, nous sont parvenues les œuvres entières. Il est déjà le mécène, celui qui pousse l’autre devant lui.”. (pp. 11-12)

L'auteur

Pascale Roze, née en 1954, est un écrivain français, auteur de romans, de récits, de nouvelles et de pièces de théâtre. Son premier roman, Le Chasseur Zéro, paru chez Albin Michel, lui a valu le prix Goncourt en 1996. Elle est également l’auteur des romans L’eau rouge (2006), Lonely Child (2017) et La Belle Hélène (2020), tous trois publiés aux éditions Stock. 

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