L’annonce

L’horreur de la guerre : l’annonce de la mort d’un proche. Un roman très talentueux
De
Pierre Assouline
Gallimard
Parution le 13 février 2025
321 pages
22 euros
Notre recommandation
4/5

Infos & réservation

Lu
par

Thème

Raphaël est un jeune étudiant parisien en histoire et en langues.

De confession juive, l’annonce du début de la guerre de Kippour en 1973 déclenche immédiatement chez lui la nécessité de rejoindre Israël pour servir la nation et être présent au plus près du conflit.

L’annonce de cette décision à ses parents et grands-parents, et notamment à son grand-père paternel dont il est très proche, entraîne de la part de chacun d’entre eux un consentement apeuré et digne, l’enjoignant naturellement à la plus grande prudence.

Son implication se résumera sur place à la prise en charge, au sein d’une famille d’éleveurs de volailles, d’une activité domestique, bien loin de ses idées premières et glorieuses d’être au combat sur une ligne de front quelconque !

Ce séjour lui permettra néanmoins de croiser une jeune militaire, Esther, psychologue dans l’armée et dont la mission consiste en l’annonce du décès d’un soldat auprès de sa famille…

Leur rencontre se traduira par un sentiment amoureux réciproque et brûlant, qui sera interrompu au bout de quelques temps par le retour de la paix, les renvoyant sur des routes divergentes jusqu’à ce que l’agression du Hamas leur permette, en 2023, cinquante ans plus tard quasiment jour pour jour, de se retrouver…

Le temps a passé, la guerre renaît une fois encore avec, de nouveau, son cortège d’annonces dramatiques.

Points forts

Pierre Assouline est talentueux, très talentueux.

  • Ce roman distille, dès les premières pages, la noblesse d’âme d’un jeune garçon pour qui la notion d’appartenance à un peuple l’astreint consciemment à l’implication morale mais surtout physique dans un combat obligatoire et juste.

  • La première partie de ce livre, développée aux confins de l’affrontement de 1973, s’articule plaisamment autour de ce rapprochement amoureux et de la quête touchante de Raphaël pour pouvoir rencontrer, dans l’un des bastions défendus par Tsahal, Léonard Cohen, son idole musicale, venu lui aussi participer à la lutte avec sa guitare et sa voix en guise d’armes !

  • La seconde partie, d’une vive et sombre actualité, est celle des retrouvailles de deux septuagénaires accomplis et chez qui le sentiment amoureux redessine rapidement les contours d’un lien vivace.

  • Le texte est beau, riche en références littéraires, en citations de tous ordres, en reflets scintillants d’une culture musicale contemporaine et en découvertes étymologiques tellement enthousiasmantes.

Le plaisir vrai de la lecture !

Quelques réserves

Le désir de laisser ce chapitre vierge est trop fort…

Encore un mot...

Pierre Assouline nous offre, au-delà d’un texte réaliste et romantique, un ouvrage à la fois philosophique et politique.

  • Philosophique parce que si Éros et Thanatos sont convoqués, c’est pour démontrer une fois encore l’antinomie et la relative complémentarité de deux moments d’humanité.
    Et si pour Machiavel ou Sun Tzu, la guerre est un art, « la réalité du terrain » dispense dramatiquement Esther ou Raphaël d’en apprécier la pertinence.

  • Politique également puisqu’au-delà des divers rappels historiques retraçant l’absurde et honteuse pérennité d’un antisémitisme rampant, le regard factuel que pose P. Assouline sur le conflit, encore en cours aujourd’hui, s’érige contre l’injonction tacite d’une opinion forgée par un certain pouvoir médiatique peut-être partial.
    Mais le lecteur restera maître naturellement de son jugement, et même si son œil s’humecte, devant certains passages du livre, d’une larme compassionnelle, gageons que sa conscience politique lui permettra une saine clairvoyance…

Une phrase

« D’emblée, l’intuition de vivre un moment inédit. L’annonce produit l’effet d’une déflagration. Un ami précieux m’a appris à toujours m’interroger intérieurement, en toutes circonstances : de quoi s’agit-il ? Une question toute simple dans sa formulation mais si puissante dans ses perspectives : de quoi s’agit-il ? D’un pogrom. Le premier depuis 1945… » Page 238

L'auteur

Pierre Assouline est né en 1953 à Casablanca.

Sa carrière première de journaliste l’amène à entrer en littérature dans les années 80 pour publier à cette époque une biographie remarquée de Gaston Gallimard.

Après de multiples fonctions dans le monde de l’édition et de la radio, il se distingue au fil du temps en décrochant plusieurs prix littéraires jusqu’à intégrer en 2012 l’académie Goncourt dont il devient juré.

L’annonce vient éclairer d’une nouvelle lumière une succession de romans aussi remarquables les uns que les autres : Sigmaringen (Gallimard, 2014), Golem (Gallimard, 2016), Le paquebot (Gallimard, 2022) ou Le nageur (Gallimard, 2023) pour ne citer que les plus récents.

A lire ci-dessous :

Ajouter un commentaire

Plain text

  • Aucune balise HTML autorisée.
  • Les adresses de pages web et les adresses courriel se transforment en liens automatiquement.
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.

Ils viennent de sortir